« Le Couronnement de la Vierge » de Fra Angelico (L’atelier de Paolo n. 1)

Fra Angelico, précurseur de la Renaissance

006 beato Angelico-Couronnement_Vierge-1432 copie

Guidolino di Piero, dit Fra Angelico, était un peintre et moine florentin de l’ordre des Dominicains, mais aux idées très modernes. En effet, s’il était l’élève de Lorenzo Monaco, un autre peintre-moine, encore enfermé sur un style gothique, il subissait pourtant la fascination de Masaccio plus laïc et dont la pensée rénovatrice faisait de lui le premier peintre de la Renaissance florentine. En 1435, à l’époque de notre tableau, Fra Angelico était âgé de quarante ans tandis que Masaccio était déjà mort, très jeune, depuis sept ans.

Ce retable, actuellement au Louvre, était jadis placé sur un des trois autels de l’église de Saint Dominique. Celle-ci faisait partie d’un couvent où Fra Angelico vivait, situé entre la colline de Fiesole et les faubourgs de Florence. Le format du tableau correspond à la forme d’un grand carré ayant au-dessus un petit trapèze.

L’épisode du tableau se situe au Paradis, où, dans une célébration sacrée, on assiste au Couronnement de la Vierge Marie, juste après son Assomption au ciel. Un grand escalier vertigineux, composé de neuf marches en marbres colorés, forme une pyramide qui aboutit à la figure assise du Christ.

Angelico-Couronnement_Vierge-part 1

L’action, qui se déroule entre la Vierge agenouillée et couronnée et le Christ assis et en train de la couronner, se déroule dans l’endroit le plus important du tableau, qui n’est pourtant pas son centre effectif. On peut, en effet, placer un point de fuite, où convergent toutes les droites de la composition pyramidale, entre les genoux du Christ, c’est-à-dire dans la partie supérieure du tableau.

 La construction géométrique de l’espace se base donc sur une étude perspective très soignée et courageuse pour l’époque. Elle permet de penser que Fra Angelico était bien au courant des nouvelles théories en vogue à Florence à ce moment-là.

Pourtant, seule architecture présente, demeure un ciborium à demi ouvert, aux petites colonnes torses. En effet, celui-ci tout en protégeant l’événement du couronnement témoigne du style gothique, pas encore revoulu.

Angelico-Couronnement_Vierge part 2

Une foule de saints et d’anges entoure le couple divin. L’attroupement tient compte des proportions des personnages. Les plus grands au premier rang de la scène sont peints de dos ou de profil, un seul de face, mais ils sont tous debout. Les autres rapetissent de plus en plus sur le second plan à droite et à gauche de l’escalier.

Parmi les saints, à droite du couple divin, le spectateur peut reconnaître saint Gilles, le premier au centre, saint Nicolas de Bari, au manteau historié, saint François, saint Bernard de Clairvaux, saint Thomas d’Aquin, qui se tourne vers nous indiquant du doigt la scène, saint Dominique, saint Jean évangéliste, saint Pierre. Fra Angelico, en peignant Thomas en train de s’adresser au spectateur, a suivi les indications de l’architecte et théoricien Léon Baptiste Alberti. C’est de cette manière que celui-ci, dans son essai « De pictura » (1435), recommandait d’impliquer le public dans l’événement religieux représenté.

Parmi les saintes à gauche, on reconnait la première sainte Marie Madeleine avec sa typique robe rouge et la burette, puis sainte Catherine d’Alexandrie avec sa roue, sainte Agnès avec son agneau et encore d’autres saintes. Plus haut on distingue saint Laurent avec le gril, saint Etienne et saint Jacques Majeur. Effectivement, on remarque que chaque saint est décrit par un objet le caractérisant, quelquefois évoquant son martyre.

Angelico-Couronnement_burette

Un de ces objets, la burette dans la main gauche de la Madeleine, est un expédient pour donner un effet perspectif. Elle se matérialise sur un deuxième point de fuite, sur la même droite verticale de celui dont on a parlé avant, où convergent toutes les droites du premier plan. C’est ainsi que le dallage en faïence est mis en perspective. L’abandon du fond doré en faveur d’un ciel d’azur est un autre signe des temps. Mais l’emploi à profusion de l’or, typique de l’art byzantin, reste dans les auréoles et dans les chevelures des saints et des anges, dans les draperies et aussi dans l’intérieur de la niche qui abrite Jésus et la Vierge Marie.

La diffusion de la lumière constitue dans toutes les œuvres de Fra Angelico une métaphore de la puissance divine. Dans notre tableau, une lumière de midi baigne toutes choses, car Dieu est présent partout. Les volumes des personnages et des objets sont bien modelés et se relient à la tradition florentine de Giotto. La palette, en revanche, aux couleurs tendres et pures est plus proche de Simone Martini et de l’art siennois. En effet, l’azur et le rose apparaissent les couleurs dominantes.

Angelico-Couronnement_Vierge prédelle

La prédelle, véritable initiatrice des bandes dessinées, raconte en sept épisodes la vie de saint Dominique. Le rêve d’Innocent III, l’Apparition à Dominique des saints Pierre et Paul, la résurrection de Napoléon Orsini, le Christ sortant du tombeau, la Discussion de saint Dominique, saint Dominique et ses compagnons, la Mort de saint Dominique.

Une alternance de pleins et de vides rend le récit plus vivant. L’étude plastique de l’architecture et l’invention de nouveaux effets perspectifs sont le pivot de cette narration picturale. Dans cette prédelle Fra Angelico emprunte le style populaire à l’école siennoise et notamment au Sassetta, son contemporain.

Paolo Merloni

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