« La cigale c’est l’oral, la fourmi c’est l’écrit »

Un jour on m’a demandé, à brûle pourpoint, d’expliquer – métaphoriquement parlant – le rapport entre l’Italie et la France…

Vaste programme ! Par où commencer ?

J’ai vraiment peur de me perdre dans un océans des considérations à la fois vraies et contradictoires, d’être trop subjective et surtout d’écrire un « traité » quelque peu prolixe…

Pour répondre en partie à cette question, je décide donc de citer le poème de Giovanni Merloni qui s’inspire de la fable de La Fontaine La Cigale et la Fourmi afin de cueillir l’essence de la relation France/Italie : ainsi l’Italie serait l’insouciante cigale oubliant l’arrivée de l’hiver tandis que la France la sage fourmi qui travaille même pendant l’été !

Dans ce cas, la cigale, représente surtout la culture orale alors que la fourmi incarne l’écriture, la réflexion, le support écrit qui survie à travers les siècles. Une relation complexe donc qui nous parle avant tout de mentalités foncièrement différentes et de la problématique de la traduction entre l’expression orale et la forme écrite.

Bonne lecture !

le portrait inconscient

la cigale 740

La cigale, c’est l’orale. La fourmi, c’est l’écrit (2012)

Pays bizarre
que le mien
où, parvenue à la détresse
fort dépourvue, piétinée sans cesse
la langue écrite
rit enfin d’elle-même
quitte à subir avec noblesse
(et soupirs de tristesse)
la violence ancestrale
de la Babel dialectale.
Une bizarre fourmi
que cette langue écrite
devenue aujourd’hui maudite
surchargée de défaites
cette fourmi baroque
pourtant travailleuse
vertueuse et même trop talentueuse
cette fourmi maltraitée
écartée, frustrée face à cette ennemie qui tout avale
elle essaie de se muter en cigale.
Tandis que la langue orale
à force de chanter
danser
bavarder, chuchoter
à tout venant,
parvenue à la richesse
s’en réjouit dans l’ivresse
d’un très bizarre pouvoir.
Cette cigale trop ambitieuse
n’est pas prêteuse
(c’est là son moindre défaut) :
« Que faisiez-vous au temps chaud ? »
« J’écrivais, ne vous déplaise. »
« Vous écriviez ? J’en suis fort aise
et bien, parlez maintenant ! »

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 23 mai…

View original post 35 mots de plus

3 réflexions sur “« La cigale c’est l’oral, la fourmi c’est l’écrit »

  1. Les paroles volent … même si parfois peu de temps. Mais elles sont vives et chaque bouche par laquelle elles passent et rejaillissent, leur donnent un peu de leur haleine.
    Les écrits restent … immobiles sur la feuille, dès leur dépôts, ils sont morts.

    (Bien sur, après, viennent les fossoyeurs … et les déchiffreurs de cadavres
    j’en suis, bien sur (sourire).)

    • De ce point de vue je suis totalement d’accord avec vous. Mais le poème en question s’attaque à une problématique encore plus spécifique : celle de la langue italienne qui, à travers sa multitude des dialectes et néologismes, d’une part garde sa richesse linguistique et de l’autre est en train de perdre son « unité » de langue nationale… la métaphore de « la cigale et la fourmi » entre donc en jeu pour essayer de faire comprendre la différence entre une Italie dont l’unité politique, sociale et linguistique ont toujours été mises à mal et une France qui – malgré les différences régionales, ethniques etc. – est un pays où la langue écrite (en lien étroit avec l’expression orale bien sûr!) joue un rôle fédérateur très important parmi les français mais aussi les ressortissants des pays francophones et les étrangers francophones. L’Italie a un patrimoine culturel énorme, mais il faudrait qu’un jour tout le monde se mette vraiment d’accord pour ne pas le perdre « in chiacchiere » (bavardages). En somme, je pense que ma réflexion est complémentaire à la votre 🙂

      • Oui
        merci de cette réponse et précision
        j’ai beaucoup peiné à apprendre le peu d’italien que je sais
        sans cesse déstabilisé par différentes profondeur de Calabrais
        (multiples dialectes) pratiqués dans la famille de ma femme.
        Oui
        la langue italienne est orale (aussi et encore)
        et c’est pour cette raison que l’on y connait encore les vieilles chansons
        et que lorsque quelqu’un en donne deux mots, mêmes les jeunes (pour l’instant)
        peuvent se mettre à chanter avec … et le font.
        .
        Un bonheur menacé.

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