Le point de vue d’Audrey – « Comment épouser un milliardaire »

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Je me suis toujours exprimée plus facilement à l’oral qu’à l’écrit. Je ne sais pas pourquoi. L’écrit requiert, à mes yeux, une patiente et un travail de « médiation » (entre la pulsion de ce que l’on désire dire et sa mise en forme par le biais de l’écriture) que je n’ai pas souvent envie de mettre en oeuvre. Le résultat d’une telle inclination naturelle est évidemment celui de parler BEAUCOUP et d’oublier les nombreuses réflexions qu’il m’arrive parfois de développer lors d’un dialogue entre amis…

Afin de remédier à ce gaspillage d’idées, je me suis donc armée d’un arsenal d’outils technologiques (dictaphone, micro, caméscope, logiciels de montage audio et vidéo etc..) aptes à capturer la vision fugace, les discours rebelles et l’inspiration importune !

Un jour de septembre, après avoir vu sur scène au théâtre-péniche « La Nouvelle Seine » la comédienne Audrey Vernon dans son spectacle Comment épouser un milliardaire , un ami m’a proposé d’écrire un article autour de l’univers d’Audrey et de la manière dont elle nous fait réfléchir sur la complexité du système économique et politique d’aujourd’hui. Des mois se sont écoulés sans qu’une goutte d’encre ne se fixe sur le papier. Pourtant les idées étaient là, éparpillées comme des atomes endiablés !

Soudain, l’inspiration est venue frapper à ma porte sous forme d’une question toute bête: et si je réalisais une vidéo au lieu d’écrire un article ?

Quand on dit quelque chose haut et fort, après il faut donner une suite, c’est la règle. Je me suis donc livrée à cet exercice périlleux – qui est celui de diffuser ses opinions sur le net – en partant tout simplement de mon propre ressenti de spectatrice et d’images que le spectacle d’Audrey m’a inspiré. Cela a été également l’occasion de réfléchir, d’une part sur le rôle que l’humoriste occupe dans notre société et de l’autre, sur « le rire »comme outil de dénonciation et de révélation des mécanismes « cachés » de notre réalité.

En effet, Audrey Vernon (v. son site)  a l’atout de se nourrir de deux éléments qui constituent, à mon avis, le sel de son comique: une connaissance très poussée (une véritable documentation) du système économico-politique unie à une volonté de renversement du sens commun que cette même société nous propose, chaque jour, à travers les médias.

De plus, cerise sur le gâteau, Audrey Vernon continuera de se produire à La Nouvelle Seine jusqu’au 31 décembre et prévoit, par la suite, des tournées dans d’autres régions de France…donc, si vous êtes curieux ou si vous aimez déjà son humour, ne ratez pas ses spectacles !

Gabriella Merloni

The Final Cut

crédit photo: Gabriella Merloni

crédit photo: Gabriella Merloni

Je dédie à tous les coups durs de la vie, aux ruptures (amoureuses, amicales, professionnelles…), aux moments où une réflexion intime sur l’essence des rapports humains s’impose, un poème chanté. Il s’agit d’une expérimentation voix-vidéo, d’un libre flux de pensée en résonance avec un état précis, un sentiment de douleur et de prise de conscience que j’ai désiré transformer en produit artistique.

L’heure est grave comme un « accent grave » : sérieux, replié sur lui-même (on dirait qu’il va à rebours !) il médite à l’intérieur de profonds couloirs de quelques anciennes abbayes moyenâgeuses et il s’exprime parfois à travers des notes au registre « grave ». En plus de ces caractéristiques principales, « accent grave », malgré son apparence, est très délicat et demande à ce qu’on l’écoute avec finesse et intelligence ! Beaucoup de gens pourraient, en effet, penser, à tort, qu’il « s’étend » par paresse, qu’il se laisse aller à sa « gravité » pour ne rien faire…

Quoi qu’il en soit, c’est avec cet « accent grave » que je vous souhaite bonne vision !

Gabriella Merloni

Train de vie

Le train en direction de Torino

En glissant sur les rails de la rentrée le train arrive enfin à destination. Une spacieuse (ou petite) gare l’accueille : les passagers descendent et, au premier contact avec la ville, accélèrent le pas inexorablement. Ils RENTRENT à nouveau dans le flux continu et désormais familier de la vie citoyenne.

Ce sont alors d’autres rails à battre le temps quand le métro survient chamboulé de vie en tout genre et âge. Il secoue les pensées tandis que les images fluctuantes du voyageur s’éloignent progressivement avec le souvenir du train…

J’aime le train. Il représente à mes yeux plus qu’un simple déplacement routinier : il est le foyer d’une transition existentielle importante, le lieu où le temps assume une autre dimension. Celle qui nous amène à regarder avec des yeux plus présents le bouillonnement de la vie qui nous entoure. Ainsi, entre la contemplation du paysage à travers la vitre et l’observation de différents cas humains qui se côtoient dans le même wagon, on navigue entre le hors-temps de l’imagination et le poids du concret qu’une cohabitation non choisie comporte.

Parfois, le train devient l’occasion de rencontres qui nous obligent (heureusement !) à sortir de la carapace pour nous ouvrir de façon abrupte à quelqu’un qui – sous prétexte, par exemple, d’avoir lu le même livre ou d’avoir les mêmes origines – entame le récit de toute une vie. Cet « inconvénient » a une plus grande chance de se produire à bord d’un wagon-couchettes où l’on achète longtemps en avance les billets et l’on croise maintes fois les doigts au sujet des passagers avec qui on va partager la traversée nocturne. Le hasard fait tout. Il approche de parfaits inconnus que lui seul sait « accorder » ou « désaccorder ».

Une pensée commence alors à envahir la tête l’espace de quelques secondes : s’agira-t-il d’un voyage tranquille ou d’une nuit affreuse ?

Quand je prenais le train Palatino pour faire mes aller-retour Rome/Paris, il n’y avait pas de place pour la monotonie !

il treno disegno giovanni merloni taille réduite

À ce sujet, je me souviens d’être allée à l’encontre de deux situations assez différentes. Une fois, j’étais avec un couple qui habitait dans une petite ville, Sora, en province de Rome. Le détail surprenant résidait dans le fait que, malgré les longues années vécues à Paris (presque vingt ans !), leur accent demeurait très fort et leur volonté de revenir en Italie avait eu comme effet une sorte de retour aux sources. Les changements, le voyage ne pouvaient rien contre cet instinct paysan qui rejaillissait avec toute sa vigueur. Ils étaient contents de revenir à une vie plus tranquille et ils étaient emplis d’admiration pour un fils qui avait fait carrière à Paris et à qui ils venaient de rendre visite.

Celui-ci était l’exemple d’un cas heureux, tout comme une autre expérience dans laquelle, au contraire, la barrière linguistique s’imposait de toute évidence : je devais passer la nuit avec une famille américaine et malgré mon « I speak english a little » de l’époque nous finissions par très bien nous entendre entre un « okay ! » et un « that’s all rigth ». Une chose nous avions toutefois en commun : personne n’envahissait l’espace vital de l’autre même si on était finalement très proches !

Dans d’autres circonstances, évidemment, on se confronte à une mutuelle indifférence, à la tyrannie d’un des passagers ou à la méfiance qu’une personne nous inspire instinctivement. Ce fut la fois où une femme obligea toute la cabine à baisser les lits à 20h alors que la nuit n’était pas encore tombée et celle où je surveillais du regard un individu à l’air douteux… Le comble est enfin arrivé quand, ne réussissant pas à m’endormir, j’ai découvert deux voleurs qui étaient sur le point d’entrer !

Ma voix, sonore, se fit entendre soudainement – « Que faites-vous là ? ».

« Pardon ! » – répondirent avec un fil de voix les deux voleurs maladroits qui s’en allèrent en toute hâte…

Bon, j’ai voulu retracer ce petit récit parce qu’il me semble évident que le train maintient ce tas d’imprévus et de rencontres improbables qui font le sel de notre vie. Le train se mute alors en « train de la vie » ou mieux encore en « Train de vie » (je reprends le titre homonyme du très beau film de Radu Mihailenau) qui traverse différents lieux et existences. Ce train qui nous transperce et qui parcourt notre mémoire en réduisant les distances entre passé et présent. Cette image de la pensée qui devient concrète et cette image concrète qui devient pensée…

C’est surtout grâce à ce train de l’esprit que j’ai pu voyager cet été sans pour autant bouger d’un millimètre. Pas d’occasion, pour cette fois… hélas ! Ça arrive. C’est la vie.

[En tout cas, cela me rappelle terriblement le film « Le rayon vert » d’Éric Rohmer dans lequel la protagoniste se retrouvant seule à Paris à la mi-août ne sait absolument pas où aller. À chaque endroit où elle séjourne, elle se sent mal à l’aise. Jusqu’au moment où elle voit le rayon vert… (Mais bon, celui-là est un autre chapitre que seuls les amoureux de Rohmer peuvent rouvrir !)]

Je dédie donc à la rentrée un poème sur le train qui nous rappelle ce petit voyage intérieur.

Belle journée à tous,

À nouveau sur les rails de la rentrée !

Gabriella Merloni

Les « Gammas » parlent français !

Esquisse représentant un "gammas"

« L’habit ne fait pas le moine » dit un proverbe fruit d’une sagesse populaire qui se méfie instinctivement des apparences trompeuses.

Moi même je me tiens très souvent à cette maxime en imaginant parfois, à tort ou à raison, que derrière un séducteur doucereux pourrait se cacher « un méchant loup » et derrière quelqu’un qui n’a pas l’habitude de se montrer une personne agréablement inattendue. Quoi qu’il en soit, la vie est belle parce qu’elle est variée et les choses ne vont pas toujours ainsi. Au contraire, il arrive que, tout comme certaines figures de la mythologie (par exemple Samson et sa longue chevelure qui renferme toute sa force), un particulier attribut ou détail physique caractérise de façon marquée un être humain. Par conséquent, les amis, les connaissances et le milieu professionnel qui s’étaient habitués à le voir ainsi fagoté s’amusent par la suite à donner à cette simple apparence des interprétations sur le comportement et parfois même à faire des jugements de valeur. En suivant ce raisonnement, on pourrait très bien penser que des hommes des cavernes soient foncièrement incultes, grossiers, rudes et rudimentaires en toutes leurs formes d’expression.

Rien de plus faux pour ce qui concerne « Les Gammas », des extraterrestres qui atterrent sur le sol français au bord de leur sphère. Ils s’habillent tels des hommes des cavernes et arborent une chevelure ultra longue qui semble atteindre leurs pieds. Mais, voilà le paradoxe : ces êtres venus d’ailleurs et de nulle part, qui ne sont ni hommes de la préhistoire, ni habitant de la terre, abordent dans celle-ci exprès pour apprendre le français et, au final, devenir des « parfaits Français » qui, avec finesse, enseignent la langue aux étrangers. Car, oui, les « Gammas » ne sont pas seulement une belle idée, mais surtout une série télévisée franco-allemande à caractère didactique qui connut son moment de gloire en Italie et en Allemagne tout au long des saisons 1974 – 1976.

« Tu as les cheveux longs comme les Gammas », « c’était une série française qui mettait en scène des extraterrestres chevelus » : me disaient très souvent mes parents. Et, moi, à force de les entendre, je me suis persuadée qu’il s’agissait de personnages de fiction que tout le monde connaissait et que les Français, en tête, devaient forcement en avoir entendu parler une vingtaine de fois…

Forte de cette conviction, j’ai ouvert Google.fr afin d’en savoir un peu plus et là, j’ai du faire face à une amère découverte : certes, il y avait plein d’articles sur « les rayons gammas », mais sur la série « les Gammas » il n’y avait que peu de trace ! Quel dommage ! C’est une situation bien étrange que celle des « Gammas ». Produit d’importation en Italie et en Allemagne, ils deviennent pour les générations qui les ont suivis un cher souvenir français qui a été, sans doute, un moyen original d’apprentissage de la langue.

Ces « Gammas », malgré leur apparence un peu hippie et à la mise négligée, parlent français et sont finalement des Français « orthodoxes » : tels des acteurs de la comédie française ils articulent tous les mots et avec emphase prennent des poses et ferment les phrases. Comme si finalement, ce qu’on voulait transmettre à l’Italie et à l’Allemagne n’était pas les mots à peine chuchotés (mais emplis de sentiment) d’un Jean Gabin, ni le phrasé naturel et insolent d’un Jean-Paul Belmondo, mais une sorte de français « pur jus », terriblement ralenti dans le rythme. Personnellement, en les écoutant sur YouTube je les ai trouvés trop posés et je ne peux pas dire d’aimer plus « la parfaite diction » aux aspérités et maladresses d’un parlé quotidien qui rendent une langue vivante. Cependant, si aujourd’hui en France on articulait plus dans les films et les séries télés, combien d’étrangers comprendraient mieux et surtout aurait plus envie d’améliorer leur prononciation !

Les « Gammas » sont donc des professeurs de français « immigré » de l’espace qui, enfin, décident de s’intégrer. Cela amène à une coupure radicale : plus de tuniques, plus de cheveux d’hommes des cavernes !  Comme David Bowie dans le film l’homme qui venait d’ailleurs, ils se confondent parmi les humains, deviennent comme eux. Sauf que, dans ce cas spécifique, l’accent est d’abord placé sur l’idée « d’être français » dans le sens de devenir porteurs d’une langue et d’une civilisation « synthétisées » exprès pour un public étranger… Rien de plus artificiel et vrai à la fois…

Pas des yeux fluorescents, Messieurs Dames ! Les « Gammas » sont au final des êtres bien communs (pas comme Bowie qui mourrait plutôt que d’abandonner son excentricité !) au point que l’un d’entre eux affirme dans un épisode : Les Gammas n’existent pas !

« Les gammas n’existent pas » peut être parce qu’au final, « les gammas » c’est nous. Ils sont, à mon avis, la métaphore d’un étrange dialogue : celle entre les origines étrangères (leur nom, « gammas », renvoie tout de suite à l’espace) et la France qui est à la fois si proche et si lointaine. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Non pas pour instaurer une distance, mais au contraire pour affirmer que ce sentiment d’étrangeté anime le désir de rapprochement et en même temps, qui sait, de l’autre côté, il y a des Français aux multiples ascendances qui s’interrogent sur leur identité et avec un sentiment (qui est propre à chacun) apprennent une fois de plus la complexe richesse d’être Français et « étrangers » à la fois ; d’être Français et Breton à la fois ; d’être Francilien et Provençal à la fois, etc.

La France (peut-être plus que l’Italie où il y a moins d’immigration) est donc le résultat de cet équilibré mélange d’identités qui finissent par en devenir une seule…

Merci donc aux « Gammas » de m’avoir inspiré cette réflexion et j’espère qu’à travers ce billet vous connaissez désormais quelque chose d’insolite que j’ai dépoussiéré exprès pour vous.

Entre temps je me questionne :

Suis-je devenue un « Gamma » ?

À vous tous,

Un salut long comme ma chevelure !

Gabriella Merloni

Je vous présente « accent tonique »

accent tonique-arnoldo patuzzi

Tel un petit rayon de soleil qui, dans un jour d’été, éclaire en un millier de fragments la surface de l’eau ainsi l’accent tonique est là pour faire briller, en toute sa royauté, une partie du mot en question. La plus éclatante, la plus importante, la plus tonique !

Comme s’il s’agissait d’une zone géographique, d’un endroit privilégié qu’on ne peut pas s’empêcher d’exalter au détriment des autres voyelles. Elles voudraient être considérées toutes au même niveau, sauf que, « accent tonique » impose sans négociation possible une hiérarchie en leur disant : « C’est à travers moi qu’on saisit le noyau de la parole ! »

Parbleu ! Qu’il est hautain cet accent tonique !

Pourtant, sans cette « zone » accentuée on ne saurait pas où pointer le doigt et d’où, éventuellement, laisser échapper un cri de colère… qui sait ! On peut toujours s’amuser avec cet accent tonique un brin rhétorique en lui répondant avec emphase : « Ça suffit ! BASTA ! »

Le problème (j’exagère sciemment) est, sans doute, que ce fameux accent tonique n’est pas si employé dans la langue française ou, du moins, la préférence semble être donnée à une exigence d’équilibre à l’intérieur des mots. Ne suffisent-ils pas ces impertinents accents aigus et graves ? Pourquoi déranger l’esprit de géométrie et de finesse que cette langue illustre si bien ?

Je pourrais paraître peu courageuse, mais tel est le respect que je porte envers cette langue que ce serait loin de moi de la malmener ou de la bousculer des tous côtés en l’abaissant au jargon d’internet. « Done », « Check », « Lol », « Cool »… Ce n’est pas vraiment du français. Ce qui ne veut pas dire, non plus, que je suis une fanatique d’un français « dépouillé » ou trop « épuré ». Au contraire, quand le correcteur automatique dit « familier » et « argotique » je m’assure de ne pas le changer avec un autre mot plus soutenu. Mon unique erreur (si on veut l’appeler ainsi) c’est d’assumer une attitude déférente, quand je le retiens opportun…

Ce que j’ose, par contre, c’est de ne pas oublier l’accent tonique si cher à la langue italienne. Mis à part le fait que pour un français l’ensemble d’un mot italien apparaît accentué – eh oui, nous avons le vice ancestral de tout souligner ! – la syllabe « percutée » devient encore plus sonore que les autres, s’allonge telle l’Olympia de Manet…

accent tonique-olympia

Elle semble dire :

Che    tu   sia    pallido o risplendente

Sole  parigino

Ti   saprò  cogliere.

(Que tu sois pâle ou resplendissant

Soleil parisien

Je saurai te cueillir).

C’est en effet dans ce sens un peu « vacancier » (sommes-nous au mois d’août, n’est-ce pas ?) et poétique que j’aime penser à l’accent tonique. L’intérêt à traiter les différents sujets d’un ton didactique est, dans ce cas, faible, sinon existant. On peut très bien s’aventurer dans les tréfonds d’une question tout en restant ludique et surtout, en s’amusant.

C’est pourquoi la première image que je lie instinctivement à l’idée d’accent tonique est une photo d’autrefois, celle d’un grand-père à l’allure sportive qui, sur la plage, montre avec fierté sa silhouette bien musclée et sculptée. Il apparaît tonique tout comme « l’accent tonique ». Il est bronzé, teutonique, tel un homme du Nord Europe en vacances dans un sud qui l’échauffera et le remplira de vitamine D…

« Accent tonique », lui aussi aime les rayons de soleil, les teints forts qui frappent, mais il possède également le flair pour deviner le point de fuite d’une composition. Que ce soit d’un tableau, d’une photographie et, pourquoi pas, d’un événement ou d’une pensée qui touche à la fois le cerveau et les sens.

« Accent tonique » est donc un nouvel ami qui me donne envie de m’exprimer en battant le temps là où l’inspiration le dit. Pour lui faire honneur, l’une des catégories de ce blog (la première) porte son nom et, afin de ne pas le décevoir, je ne m’attaquerai pas, avec lui, à des sujets trop fades. Je laisserai au contraire à une autre amie, « Pomme de terre » (que je vous présenterai au moment venu) le privilège d’être l’hôtesse de tout ce qui apparaît « sans saveur », mais qui, au contraire, est plein de goût. Celle-ci est une autre histoire…

Enfin, pour revenir à notre cher « accent tonique », j’ajouterai en guise de conclusion :

On est à la fin d’un prologue, mais pas à la fin de l’été !

PROFITEZ-EN AU MAXIMUM !

« Accent tonique » vous encourage et vous souhaite,

PANE, AMORE  E FANTASIA !

Lien vers une scène du film de Luigi Comencini: pane amore e fantasia

Gabriella Merloni

Et si on parlait d’accent ?

Et si on parlait d'accent ?

Pourquoi parler d’accent ?

Quel univers se cache derrière se simple mot ?

Une chose est certaine : ces questions reflètent, en partie, ce que j’ai vécu en tant qu’étrangère les premières années de mon installation à Paris. De l’Italie à la France, de Rome à Paris, je vis constamment entre deux mentalités distinctes et entre deux envies quelque peu incompatibles : celle de me fondre complètement en la langue et l’esprit du pays que j’habite et le sentiment, irréductible, de ne pas vouloir perdre ce qui me distingue et qui fait que je suis désormais parisienne, mais PAS ENCORE française. La naturalisation est un processus lent et progressif. Il s’agit là, bien plus que d’un accent ! Un profond ancrage qui se traduit dans l’intérêt pour la culture, l’engagement social, etc.

Certains affirment avec insistance que « perdre l’accent » c’est perdre une partie de soi-même. Je ne suis pas totalement d’accord et je n’aime pas ce genre d’affirmations trop catégoriques. Chacun a le droit et la liberté de disposer à sa manière de sa langue, de ses lèvres, de sa mâchoire et, enfin, de sa voix !

Je pense qu’on a affaire à une question d’ordre intime qui touche de plus près le sens d’appartenance et l’idée d’identité individuelle et sociale. À la limite, on peut avancer que cette identité ne se réduit pas uniquement à la nationalité. Au contraire, elle est également le fruit d’un plus complexe cheminement individuel : par exemple, un amour pour une personne qui nous élève et nous fait redécouvrir notre véritable « centre » ; un travail passionnant qui construit et nous construit ; un milieu qui reflète notre manière de vivre et d’être ; enfin, PARTIR, SE PERDRE, se perdre pour enfin se retrouver.

En écartant les idées reçues, peut-on attribuer à l’accent un sens plus étendu que d’habitude ?

Je considère, en effet, l’identité, dans son acception la plus large pour mieux respecter la diversité des expériences. Par conséquent, « l’accent » constitue à mes yeux un point de départ intéressant vers une pensée plus vaste qui fait de cette petite différence phonétique la métaphore d’un état mental, d’un réservoir d’émotions qui ressort de « l’irrégularité » du langage et qui crée, dans le bon sens du terme, une note de distinction. Évidemment, ce n’est pas l’accent en lui-même qui fait notre originalité ! Si c’était ainsi, alors, on considérerait à tort – et avec un parti pris raciste, au final – que tous ceux qui parlent un français « parfait » n’ont pas d’élan, qu’ils sont fades. Rien de plus FAUX et dangereux ! La langue française est une langue incontournable et on aurait tort de ne pas la défendre et tout comme on accepte la différence il faut savoir comprendre aussi les raisons de cette homologation civique. Dans un certain sens, elle empêche l’individualisme excessif, donne un CADRE à travers lequel tous se retrouvent en un langage commun, un territoire de rencontre qui discrimine autant qu’il ouvre des portes.

C’est pourquoi, je me réfère avant tout à la personnalité de chacun, à ce qu’elle peut faire d’original et d’inattendu (avec ou sans accent).

L’accent n’est donc pas pour moi l’outil à travers lequel on accentue la différence au risque de tomber dans le sectarisme ou la soif d’exotisme. Non, hors tout équivoque, ce que j’ai envie de dire c’est que, finalement, « l’accent » n’est pas qu’une question de langue, mais aussi et surtout un aspect qui touche plusieurs domaines :

Les notes musicales n’ont-elles pas des accentuations ?

La poésie n’a-t-elle pas un rythme et une cadence différents de la prose ?

Et la photographie, alors ? On ne parle pas, parfois, d’accentuation de la couleur ?

Enfin, je ne dis pas que « l’accent est musique », « l’accent est poésie » ou « l’accent est peinture », mais, ce que j’affirme par là c’est que si la nature n’avait pas d’accent (dans le sens d’irrégularité, mise en lumière d’une particularité physique, phonétique, etc.) on s’ennuierait à mort. Décidément, la perfection n’est pas de ce monde. D’ailleurs, heureusement, les Français, comme tout autre pays, ont beaucoup d’accents différents selon les régions, pour ne pas parler des Parisiens qui tout en n’ayant pas d’accent, conservent, néanmoins, leur cadence typique. Et encore là, il y a beaucoup de variations entre une personne de la banlieue issue d’un milieu pauvre et un riche bobo… mais dans ce billet, je laisse exprès cette question en suspens !

Voilà, la langue française est une véritable idée sociale, un objet de cohésion dans l’inévitable différence. Mais, soyons francs ! La nature nous laisse plein d’accents à disposition à travers lesquels nous nous exprimons davantage, nous trouvons notre voie personnelle.
Vive donc cet ACCENT DE VIE qui est en dedans et en dehors du langage !

Et, sur ce dernier mot, je vous dis :

Bel accent du jour !

Gabriella Merloni