A propos jaiunaccent

Gabriella Merloni est comédienne, chanteuse, diplômée en Master "Théâtre et autres arts" à l'université Paris 3. Créatrice du blog "j'ai un accent" elle partage sur ce dernier son expérience artistique ainsi que les sujets qui lui tiennent le plus à coeur: la chanson, le cinéma et le théâtre, ses domaines de prédilection.

« Avec le temps » (Léo Ferré) et « Col tempo » (Gino Paoli)

léo ferré

« Avec le temps, va, tout s’en va » nous disait Léo Ferré dans sa chanson Avec le temps, sortie en 1971. C’est vrai, « avec le temps », souvent, l’amour s’éteint imperceptiblement et inexorablement. En même temps, cette transformation entraînée par les vagues du temps et de l’oubli, fait partie de la nature humaine, et, comme le suggère Ferré, il faut savoir l’accepter : « le coeur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien. »

Nous sommes nombreux à avoir vécu des situations similaires et la beauté d’une chanson est peut-être celle de réveiller en nous, toujours avec la même intensité, des instants de vie oubliés, des bouffées d’amour intemporelles, des cris de souffrance et de joie universels. Le temps, il a beau passer, on ne s’enlassera jamais de la vérité d’un homme ou d’une femme qui nous ramènent, à travers leurs mots, à travers leur musique, à notre propre vérité.

Il existe donc, fort heureusement, une exception à la thèse menée par la chanson de Léo Ferré (« avec le temps tout s’évanouit ») : quand on a affaire à une très belle chanson, tout comme un très beau film, on ne les oublie pas car leur « présence » est, littéralement, gravée dans nos esprits. C’est pourquoi, le sens de la chanson Avec le temps se heurte, paradoxalement, avec sa « destinée » auprès du public qui la voit, au contraire, survivre au temps, affirmer son universalité, faire entendre, à travers différentes voix l’infinie richesse intérieure du musicien et poète qu’était Léo Ferré.

Ainsi, la puissance des mots de Avec le temps et son caractère universel, ont séduit bon nombre d’interprètes tant en France qu’à l’étranger. Toutefois, pour simplifier la tâche, dans cette rubrique nommée « musica e parole » (« paroles et musiques »), on a décidé de se concentrer uniquement sur les enjeux de la traduction et de l’interprétation lorsque une chanson française fait l’objet d’une reprise en italien et vice-versa.

À  ce propos, il m’a semblé intéressant de commencer par une comparaison entre la version originale de Léo Ferré et celle du chanteur italien Gino Paoli (v. également bio en italien) – où le titre est traduit littéralement « Col tempo » – en vous montrant un extrait de son passage à la télévision italienne dans les années 1972/1973 (peu de temps après la sortie de la chanson en France).

Ici, Gino Paoli nous propose une version très fidèle dans l’interprétation du sentiment et de l’humeur dans lesquels baigne la chanson de Léo Ferré, en altérant avec finesse les envolées lyriques aux moments de majeur sobriété. En même temps, à cette sensibilité interprétative s’accompagne également un travail de réadaptation du texte, assez réussi d’ailleurs, où l’on peut constater quelques petites différences de contenu vis-à-vis du texte français. Vous trouverez donc, ci-dessous, la version italienne de Gino Paoli, avec des phrases soulignées en rouge afin de montrer là où la forme et le sens prennent une tournure légèrement différente par rapport à la version originale :

Col tempo

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

non ricordi più il viso

non ricordi le voci

quando il cuore ormai stanco

e non vuol più cercare

a che serve cercare, ti lasci andare

e forse…forse è meglio così.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

l’altra che adoravi che cercavi nel buio

l’altra che indovinavi in un batter di ciglia

tra le frasi e le righe e il fondotinta

di promesse truccate in un raggio di luna

col tempo sai tutto scompare.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

il ricordo più dolce a una maschera triste

ogni cosa appassisce io mi scopro a frugare

tra i tuoi sogni perduti quando il sabato sera

la tenerezza rimane senza compagnia.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

l’altro a cui tu credevi anche a un colpo di tosse

l’altro che ricoprivi di gioielli e di vento

ed avresti impegnato anche l’anima al monte

per cui ti trascinavi alla pari di un cane

Col tempo sai tutto va bene.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

non ricordi più il fuoco

non ricordi le voci della gente di casa

che ti diceva,

piano non venir tardi e poi non prender freddo.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

e ti senti la schiena di un cavallo sfiancato

e ti senti gelato in un letto non tuo

solo ma in fondo in pace col mondo

e ti senti fregato dai tuoi anni passati

allora finalmente col tempo tu non ami più.

Par exemple, le moment où Léo Ferré chante « …d’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit » Gino Paoli décide de le traduire sous forme de métaphore, « di promesse truccate in un raggio di luna » (litt. « de promesses maquillées dans un rayon de lune »)  en mettant en évidence le registre poétique de la chanson. D’un côté, il s’éloigne du sens premier (« s’en va faire sa nuit »), de l’autre, il se soucie de restituer à la langue italienne une musicalité similaire à celle du texte français. En effet, les sonorités de « nuit »  et « luna » ne sont pas si éloignées et l’idée du rayon de lune est un bon compromis pour maintenir vive l’image de la nuit.

On peut remarquer d’autres petites différences dans l’absence de l’expression « dans les rayons de la mort » qui devient « ogni cosa appassisce io mi scopro à frugare »/ litt. « chaque chose flétrit je me découvre à farfouiller » ; la traduction de « pauvres gens » en « gente di casa »  (litt. « gens de la maison ») ; la transposition de « et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu » avec « e ti senti la schiena di un cavallo sfiancato » (litt. « et tu te sens le dos d’un cheval fourbu »). Néanmoins, ce qui importe de souligner c’est que le sens profond de la chanson reste préservé en s’autorisant une liberté nécessaire à l’exercice de la traduction. Ils existent également des traductions plus proches de l’original (comme celle du chanteur Franco Battiato tout à fait intéressante), mais, à mon avis, l’essentiel c’est de laisser entendre l’âme de l’auteur tout en apportant sa touche personnelle d’interprète.

Enfin, pour compléter le tableau, je vous laisse aussi découvrir deux autres versions de Avec le temps : une version de Gigliola Cinquetti ainsi que l’extrait d’un concert de la chanteuse vénitienne Patty Pravo

Gabriella Merloni

Parallèle entre deux musées : le Louvre et le Jacquemart-André.

Bonjour à tous,

Je vous invite à découvrir les visites guidées proposées par Paolo Merloni, artiste peintre et guide free-lance, respectivement aux musées du Louvre et Jacquemart-André. Il s’agit d’un véritable parallèle entre les deux musées : d’une part, l’ensemble des peintures italiennes présentes au Louvre (de la Renaissance au Baroque) et, de l’autre, la collection permanente du musée Jacquemart-André au style très varié. Dans son décor d’Hôtel Particulier Liberty, le musée accueille, en effet, tant les peintres français du XVIIIe siècle, les peintres flamands et l’art italien du XVIe /XVIIe siècle (Paolo Uccello, Andrea Mantegna, Sandro Botticelli etc.) et du XVIIIe (Francesco Guardi et Canaletto).

Paolo Merloni avec son savoir-faire et sa passion pour l’art vous fera parcourir les relations intimes et complexes qui subsistent entre chaque tableau de la même période. L’accent sera tout particulièrement posé sur une étude approfondie et personnalisée de l’art italien. En effet, aux origines italiennes, Paolo allie une robuste expérience artistique : un diplôme en arts plastiques (spécialisation peinture) à l’Académie des Beaux Arts de Rome en 2004 et une formation à l’enseignement de l’histoire de l’art auprès du cours biennal CO.B.A. en 2006. Il a également à son actif des précédentes expériences professionnelles en tant qu’acteur, élément qui lui permet de mettre en relation son bagage de connaissances avec une présence corporelle et gestuelle qui lui est propre.

Paolo Merloni s’est installé à Paris en 2008. Depuis sa permanence en France il est devenu bilingue Italien/ Français (accent oblige !) et il peut présenter la collection du musée du Louvre dans les deux langues (pour ceux qui seraient intéressés par une visite guidée en italien).

Pour plus d’infos :

Rendez-vous dans l’atelier de Paolo et bonne vision…

#Twittographie : « carnet de bord d’une hyper connectée. »

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Le fait d’imaginer ma « TweetLine » comme une boîte à réflexions (anarchiques et cohérentes à la fois) m’a donné l’envie de réaliser un petit carnet de bord du mois janvier. Histoire de retenir, ne serait-ce que pour un fugace laps de temps, le flux incessant de considérations qui, depuis le début de l’année, ne cessent de s’entasser les unes sur les autres dans mon espace Twitter…

Nous vivons, en effet, dans une époque où les produits, autant matériels qu’immatériels – comme c’est le cas, par exemple, de la pensée et de l’ensemble d’informations que l’on reçoit à travers internet – sont « consommés » à grande vitesse et ils « existent » sur la toile grâce à la frénésie de l’instant présent. Quelques minutes pour lancer des cailloux dans la mer et seulement quelques secondes pour les voir s’éloigner sous l’impulsion de pressantes vagues !

Dans ce temps où la mémoire se fait esclave de la présence virtuelle (qui semble demander une sorte de « connexion permanente » au détriment d’une vie plus lente et, sûrement, plus saine) et du degré de « performance » que celle-ci incite à développer, s’arrêter un moment pour garder à l’esprit la succession quotidienne des événements ne peut être que salutaire…

Mon malaise d’internaute m’a donc poussée à lutter contre l’oubli de cette « mer » changeante et à utiliser ce matériau brut (les « tweets ») sous forme d’un mémorandum que l’on pourrait lire à la manière d’une liste de courses, d’un slogan, d’un journal intime, d’un souffle poétique réintégré dans un autre contexte…

Gabriella Merloni