La « Pala Barbadori » de Filippo Lippi (L’atelier de Paolo n. 3)

 

La découverte de la lumière dans la peinture de Filippo Lippi

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Ce retable, actuellement au Louvre, a été commandé le 8 mars 1437 à Filippo Lippi par les chefs du parti guelfe florentin, selon les volontés testamentaires de Gherardo Barbadori, afin d’orner la chapelle de cette famille dans l’église de Santo Spirito de Florence. Le format du panneau est rectangulaire, mais la partie supérieure est trilobée, en forme de trèfle.

Le tableau appartient au genre traditionnel des Saintes Conversations. Toutefois, dans cette œuvre on assiste à la grande nouveauté de la réunification de la scène dans un seul retable. En effet, auparavant, les personnages sacrés étaient disposés dans différentes parties du même tableau, où d’habitude la Vierge se trouvait au centre du retable tandis que les saints occupaient les volets latéraux. L’action de notre peinture se déroule d’ailleurs à l’intérieur d’une église typique de la Renaissance.

Au premier plan, les deux saints, Frediano et Augustin sont en prière agenouillés sur le sol en marbre. L’un en face de l’autre, ils tiennent de longues crosses et portent d’imposants manteaux, respectivement rouge et vert.

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La Vierge Marie, un peu en retrait, debout sur une marche, se dresse au centre du tableau. Elle est habillée en bleu et rouge. L’expression grave, elle porte dans ses bras l’Enfant Jésus. Celui-ci, à demi couvert par un voile, plonge son regard méditatif sur sa droite.

Un espace vide à la forme arrondie, entre les plis du manteau bleu de la Vierge, suggère son ventre sacré. Peut-être, cette zone, placée au centre de la composition, préfigure symboliquement la naissance de Jésus.

Tout autour des personnages principaux, plusieurs anges portant des lys sont insérés dans la composition avec de petits moines. Leurs visages, toujours de trois quarts, présentent des attitudes pensives ou observatrices.

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On dirait que c’est l’architecture de l’église qui les accueille en leur donnant un rôle important dans la mise en scène. En effet, cette distribution des anges et moines permet de déplacer notre attention de spectateurs vers les côtés du tableau. Nous pouvons ainsi reconnaître dans le moine accoudé sur le côté gauche dans la pénombre, derrière un lambris en forme de flamme, un autoportrait de Filippo Lippi en train de nous observer. Les décors et les lambris sont finement travaillés, jusqu’à peupler toute zone vide du tableau d’ultérieurs personnages inanimés.

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Les deux colonnes encadrant la partie centrale de la composition, en lui donnant un rythme assez harmonique, se référent à l’ancienne façon d’assembler en triptyque. À l’arrière-plan on voit distinctement l’architecture de l’église où l’abside correspond à l’imposant trône de la Vierge. Ce dernier se termine par une grande coquille, la coquille de Saint Jacques, liée selon la tradition à l’événement de la naissance et symbolisant la virginité, la beauté et l’amour.

Le sujet de l’œuvre est tout imprégné des idées novatrices de la Florence de l’époque (1437). On y retrouve ainsi l’influence de peintres comme Masaccio et Fra Angelico ainsi que de sculpteurs tels que Donatello, surtout dans la nouvelle construction de l’appareil perspectif et dans la particulière utilisation de la lumière.

La perspective est une machine pour ordonner l’espace. Elle va créer une impression de profondeur à l’intérieur de l’église. Cet appareil met aussi en valeur les personnages principaux (saints, anges, moines) sur des lignes de fuite convergentes vers un point central situé sur la partie supérieure de la figure de la Vierge, le pivot de la composition.

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La volonté d’organiser l’espace en formes géométriques essentielles, suivant des constructions très symétriques, est évidente. Dans une construction « en éventail », le groupe des deux saints agenouillés et de la Vierge debout forme une grande pyramide, ayant pour sommet la tête auréolée de celle-ci. Les crosses des saints sont, en revanche, un expédient pour contredire la symétrie trop rigide de la composition en mettant en valeur le rôle central de la Vierge.

La lumière de Filippo Lippi n’est pas le résultat d’une vision ascétique et surnaturelle, comme dans l’oeuvre de Fra Angelico. Elle ressent beaucoup de sa construction assez théorique et rationnelle. L’appareil perspectif se transforme d’ailleurs en structure fort propice à la captation de la lumière où même les visages et les tissus des personnages en perspective deviennent des écrans où la lumière frappe et se diffuse.

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De plus, dans cette œuvre, on distingue deux sources de lumière différentes et opposées éclairant l’événement : l’une derrière le spectateur, l’autre au côté droit de la Vierge. De ce fait, les visages, les draperies et les objets, ainsi captés, ne résultent pas violemment sculptés, mais doucement modelés et diffuses.

Cet effet de douce vibration lumineuse qui se diffuse alors, de corps en corps et d’objet en objet, en suivant les lignes perspectives, fait ressortir la grande innovation de Filippo Lippi. Ce dernier, en effet, prêtre carme, mais grand admirateur de la beauté féminine, assure le lien, à Florence, entre la vieille garde des premiers rénovateurs, comme Masaccio, et la nouvelle génération de la « crise des valeurs » ayant pour champion Sandro Botticelli.

Paolo Merloni

Traduire l’amour

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 Traduire l’amour

Je ne traduirai pas l’océan

Des mots tendres suspendus

à l’intérieur de mon âme.

Je te livre cette matière première

Elle ne connaît pas encore son nom

Acerbe et mûre à la fois,

Timide et hardie à la fois.

Tu es venu avec le soleil

Dégageant la lueur de l’inattendu

Une brise indéfinissable

Toi seul, tel un magicien

Tu sais la rendre présente

Prisme multicolore

De passion farouche

De tendresse sans fin

D’instants enjoués

D’un heureux partage.

 Gabriella Merloni 

« La Bataille de San Romano » de Paolo Uccello (L’atelier de Paolo n. 2)

 Le rôle de la perspective dans la peinture de Paolo Uccello 

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Paolo Uccello, peintre florentin, peint la Bataille de San Romano en 1456, pour évoquer l’un parmi les nombreux épisodes de combat opposant les deux villes de Sienne et Florence, éternelles rivales.

Cette échauffourée a été racontée en une série de trois tableaux de format identique. Ceux-ci étaient situés à l’origine au Palais des Médicis, à Florence, l’un à côté de l’autre, dans une pièce appelée « la chambre de Laurent ». Actuellement, ils ont été dispersés dans trois musées : la National Gallery (Londres), les Offices (Florence), et le Louvre (Paris).

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Le tableau de Londres donne à voir l’assaut téméraire du capitaine florentin Niccolò de Tolentino contre l’armée siennoise qui comptait un plus grand nombre de guerriers. Ensuite, l’œuvre de Florence représente le point culminant de la bataille avec Bernardino de la Ciarda, le chef siennois, désarçonné. Mais c’est le troisième tableau, celui de Paris, qui nous intéresse, racontant la contre-attaque du florentin Micheletto de Cotignola et de ses hommes. Cette intervention aurait pu entraîner la victoire des Florentins. Mais en effet, après huit heures d’un combat acharné, ceux-ci renoncent à poursuivre les ennemis. Au coucher de soleil du dimanche 1er juin 1432, la bataille de San Romano se termine donc sans vainqueurs ni vaincus.

Dans la mêlée, représentée dans le tableau du Louvre, plusieurs chevaliers, la lance à la main, sont en train de se battre. Ils portent des grosses armures et des lourds heaumes empanachés, à peine ouverts pour laisser entrevoir les yeux. Leurs chevaux de profil ou en raccourci sont peints en blanc et en brun, et sont bien bardés pour la guerre. Derrière eux en bas on aperçoit des écuyers, les jambes aux chausses rouges, noires et blanches, suivant à pied leurs chevaliers.

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Micheletto de Cotignola se trouve au milieu de la rixe, son cheval noir se cabre vers nous, et son regard à peine esquissé se pose sur sa gauche. En effet, il est presque le seul personnage du tableau dont on peut voir le visage. Il porte également un grand bonnet symbolisant son rôle de chef. Sur son côté droit, un trompettiste sonne l’assaut.

On distingue différents drapeaux, parmi les lances des combattants. Celui de Sienne blanc et noir, tandis que le drapeau blanc et rouge auprès du trompettiste appartient à Florence.

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Le thème du tableau ressemble à une mise en scène d’un tournoi du Moyen Âge, la représentation d’un manège affolé et chaotique où les combattants se mélangent les uns les autres. Mais, en réalité, le véritable sujet de cette œuvre se situe ailleurs.

Il s’agit, en effet, d’une simple étude de la perspective du maître Paolo Uccello, bâtie sur une grande échelle. C’est une œuvre d’une extrême virtuosité, qui peut bien se réclamer de la Renaissance, révélant une force nouvelle dans l’expérimentation de la création artistique. Dans cette composition, tout entre strictement dans le plan perspectif, où chaque objet est étudié afin de donner un effet de profondeur.

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C’est le cas par exemple de la position de travers du cheval blanc ou du « mazzocchio » de l’écuyer, bonnet de forme circulaire dessiné en damier.

Dans cette construction extrêmement élaborée, les êtres vivants perdent leurs « âmes » pour devenir de simples objets : les chevaliers, dans leurs cuirasses, se révèlent tels des automates rigides et embarrassés tandis que leurs montures apparaissent, par conséquent, comme de formes géométriques abstraites en train de se déplacer, raides, sur le champ de bataille.

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L’envergure révolutionnaire de Paolo Uccello, malgré ces incohérences, peut être mise en parallèle avec l’œuvre de son grand contemporain, Piero de la Francesca. Notamment, ce qui nous intéresse plus particulièrement c’est l’épisode la « Bataille entre Heraclius et Chosroes » que ce maître raconte dans la « Légende de la vraie Croix » d’Arezzo. Cet autre récit de guerre, daté de 1460, soulève, en effet, les mêmes problèmes, par rapport à la perspective et à l’étude mathématique de l’espace, que la Bataille de San Romano.

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En effet, si Piero della Francesca est doué d’une capacité d’organiser l’espace de manière rationnelle encore plus subtile que Paolo Uccello, ses personnages aussi, même s’ils sont mieux proportionnés, nous apparaissent quand même bloqués et immobiles. Ils ont le même esprit que les « automates » de Paolo Uccello. Ces analogies nous donnent à réfléchir. Probablement, à l’époque, vers la moitié du quinzième siècle, la recherche autour des nouvelles formes de représentation, comme le rendu du mouvement des corps en perspective, n’était pas encore arrivée à son aboutissement.

À cette époque — « le Quattrocento » —, chaque peintre a son propre domaine. Vis-à-vis d’Andrea Mantegna qui préfère l’histoire, Giovanni Bellini qui aime la nature et Cosmè Tura qui s’intéresse surtout à la religion, Paolo Uccello et Piero della Francesca, se caractérisent notamment pour leur recherche sur l’espace et la perspective.

 Paolo Merloni

« Una canzone » (1968) – Mireille Mathieu

Mireille Mathieu

Aujourd’hui, tout le monde le sait bien, ce n’est pas un jour comme les autres, c’est le le 1er du mois d’Avril ! Et j’ai une importante déclaration à faire : à partir d’aujourd’hui on traitera uniquement de l’impact du virtuel dans notre quotidien (et de son inestimable importance pour l’évolution de notre matière grise…). POISSON D’AVRIL !  Le réel et l’humain resteront toujours au coeur de nos réflexions ainsi que cet invisible « fil rouge » qui relie, à la manière d’un train de l’esprit, la France et l’Italie…

C’est donc pour fêter d’une part l’arrivée du printemps (premiers rayons de soleils qui commencent à chasser, timidement, la grisaille parisienne) et de l’autre pour évoquer des images romanesques d’Italie que je vous fais partager une chanson de Mireille Mathieu que j’ai découvert, par hasard, il y a quelques jours. « Una Canzone » nous parle d’un été à Naples, d’un amour dont la protagoniste se souvient grâce à une chanson : « una canzone che ti parlerà di me », « une chanson qui te parlera de moi »…

Gabriella Merloni

« Avec le temps » (Léo Ferré) et « Col tempo » (Gino Paoli)

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« Avec le temps, va, tout s’en va » nous disait Léo Ferré dans sa chanson Avec le temps, sortie en 1971. C’est vrai, « avec le temps », souvent, l’amour s’éteint imperceptiblement et inexorablement. En même temps, cette transformation entraînée par les vagues du temps et de l’oubli, fait partie de la nature humaine, et, comme le suggère Ferré, il faut savoir l’accepter : « le coeur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien. »

Nous sommes nombreux à avoir vécu des situations similaires et la beauté d’une chanson est peut-être celle de réveiller en nous, toujours avec la même intensité, des instants de vie oubliés, des bouffées d’amour intemporelles, des cris de souffrance et de joie universels. Le temps, il a beau passer, on ne s’enlassera jamais de la vérité d’un homme ou d’une femme qui nous ramènent, à travers leurs mots, à travers leur musique, à notre propre vérité.

Il existe donc, fort heureusement, une exception à la thèse menée par la chanson de Léo Ferré (« avec le temps tout s’évanouit ») : quand on a affaire à une très belle chanson, tout comme un très beau film, on ne les oublie pas car leur « présence » est, littéralement, gravée dans nos esprits. C’est pourquoi, le sens de la chanson Avec le temps se heurte, paradoxalement, avec sa « destinée » auprès du public qui la voit, au contraire, survivre au temps, affirmer son universalité, faire entendre, à travers différentes voix l’infinie richesse intérieure du musicien et poète qu’était Léo Ferré.

Ainsi, la puissance des mots de Avec le temps et son caractère universel, ont séduit bon nombre d’interprètes tant en France qu’à l’étranger. Toutefois, pour simplifier la tâche, dans cette rubrique nommée « musica e parole » (« paroles et musiques »), on a décidé de se concentrer uniquement sur les enjeux de la traduction et de l’interprétation lorsque une chanson française fait l’objet d’une reprise en italien et vice-versa.

À  ce propos, il m’a semblé intéressant de commencer par une comparaison entre la version originale de Léo Ferré et celle du chanteur italien Gino Paoli (v. également bio en italien) – où le titre est traduit littéralement « Col tempo » – en vous montrant un extrait de son passage à la télévision italienne dans les années 1972/1973 (peu de temps après la sortie de la chanson en France).

Ici, Gino Paoli nous propose une version très fidèle dans l’interprétation du sentiment et de l’humeur dans lesquels baigne la chanson de Léo Ferré, en altérant avec finesse les envolées lyriques aux moments de majeur sobriété. En même temps, à cette sensibilité interprétative s’accompagne également un travail de réadaptation du texte, assez réussi d’ailleurs, où l’on peut constater quelques petites différences de contenu vis-à-vis du texte français. Vous trouverez donc, ci-dessous, la version italienne de Gino Paoli, avec des phrases soulignées en rouge afin de montrer là où la forme et le sens prennent une tournure légèrement différente par rapport à la version originale :

Col tempo

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

non ricordi più il viso

non ricordi le voci

quando il cuore ormai stanco

e non vuol più cercare

a che serve cercare, ti lasci andare

e forse…forse è meglio così.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

l’altra che adoravi che cercavi nel buio

l’altra che indovinavi in un batter di ciglia

tra le frasi e le righe e il fondotinta

di promesse truccate in un raggio di luna

col tempo sai tutto scompare.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

il ricordo più dolce a una maschera triste

ogni cosa appassisce io mi scopro a frugare

tra i tuoi sogni perduti quando il sabato sera

la tenerezza rimane senza compagnia.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

l’altro a cui tu credevi anche a un colpo di tosse

l’altro che ricoprivi di gioielli e di vento

ed avresti impegnato anche l’anima al monte

per cui ti trascinavi alla pari di un cane

Col tempo sai tutto va bene.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

non ricordi più il fuoco

non ricordi le voci della gente di casa

che ti diceva,

piano non venir tardi e poi non prender freddo.

Col tempo sai

col tempo tutto se ne va

e ti senti la schiena di un cavallo sfiancato

e ti senti gelato in un letto non tuo

solo ma in fondo in pace col mondo

e ti senti fregato dai tuoi anni passati

allora finalmente col tempo tu non ami più.

Par exemple, le moment où Léo Ferré chante « …d’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit » Gino Paoli décide de le traduire sous forme de métaphore, « di promesse truccate in un raggio di luna » (litt. « de promesses maquillées dans un rayon de lune »)  en mettant en évidence le registre poétique de la chanson. D’un côté, il s’éloigne du sens premier (« s’en va faire sa nuit »), de l’autre, il se soucie de restituer à la langue italienne une musicalité similaire à celle du texte français. En effet, les sonorités de « nuit »  et « luna » ne sont pas si éloignées et l’idée du rayon de lune est un bon compromis pour maintenir vive l’image de la nuit.

On peut remarquer d’autres petites différences dans l’absence de l’expression « dans les rayons de la mort » qui devient « ogni cosa appassisce io mi scopro à frugare »/ litt. « chaque chose flétrit je me découvre à farfouiller » ; la traduction de « pauvres gens » en « gente di casa »  (litt. « gens de la maison ») ; la transposition de « et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu » avec « e ti senti la schiena di un cavallo sfiancato » (litt. « et tu te sens le dos d’un cheval fourbu »). Néanmoins, ce qui importe de souligner c’est que le sens profond de la chanson reste préservé en s’autorisant une liberté nécessaire à l’exercice de la traduction. Ils existent également des traductions plus proches de l’original (comme celle du chanteur Franco Battiato tout à fait intéressante), mais, à mon avis, l’essentiel c’est de laisser entendre l’âme de l’auteur tout en apportant sa touche personnelle d’interprète.

Enfin, pour compléter le tableau, je vous laisse aussi découvrir deux autres versions de Avec le temps : une version de Gigliola Cinquetti ainsi que l’extrait d’un concert de la chanteuse vénitienne Patty Pravo

Gabriella Merloni

« Le Couronnement de la Vierge » de Fra Angelico (L’atelier de Paolo n. 1)

Fra Angelico, précurseur de la Renaissance

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Guidolino di Piero, dit Fra Angelico, était un peintre et moine florentin de l’ordre des Dominicains, mais aux idées très modernes. En effet, s’il était l’élève de Lorenzo Monaco, un autre peintre-moine, encore enfermé sur un style gothique, il subissait pourtant la fascination de Masaccio plus laïc et dont la pensée rénovatrice faisait de lui le premier peintre de la Renaissance florentine. En 1435, à l’époque de notre tableau, Fra Angelico était âgé de quarante ans tandis que Masaccio était déjà mort, très jeune, depuis sept ans.

Ce retable, actuellement au Louvre, était jadis placé sur un des trois autels de l’église de Saint Dominique. Celle-ci faisait partie d’un couvent où Fra Angelico vivait, situé entre la colline de Fiesole et les faubourgs de Florence. Le format du tableau correspond à la forme d’un grand carré ayant au-dessus un petit trapèze.

L’épisode du tableau se situe au Paradis, où, dans une célébration sacrée, on assiste au Couronnement de la Vierge Marie, juste après son Assomption au ciel. Un grand escalier vertigineux, composé de neuf marches en marbres colorés, forme une pyramide qui aboutit à la figure assise du Christ.

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L’action, qui se déroule entre la Vierge agenouillée et couronnée et le Christ assis et en train de la couronner, se déroule dans l’endroit le plus important du tableau, qui n’est pourtant pas son centre effectif. On peut, en effet, placer un point de fuite, où convergent toutes les droites de la composition pyramidale, entre les genoux du Christ, c’est-à-dire dans la partie supérieure du tableau.

 La construction géométrique de l’espace se base donc sur une étude perspective très soignée et courageuse pour l’époque. Elle permet de penser que Fra Angelico était bien au courant des nouvelles théories en vogue à Florence à ce moment-là.

Pourtant, seule architecture présente, demeure un ciborium à demi ouvert, aux petites colonnes torses. En effet, celui-ci tout en protégeant l’événement du couronnement témoigne du style gothique, pas encore revoulu.

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Une foule de saints et d’anges entoure le couple divin. L’attroupement tient compte des proportions des personnages. Les plus grands au premier rang de la scène sont peints de dos ou de profil, un seul de face, mais ils sont tous debout. Les autres rapetissent de plus en plus sur le second plan à droite et à gauche de l’escalier.

Parmi les saints, à droite du couple divin, le spectateur peut reconnaître saint Gilles, le premier au centre, saint Nicolas de Bari, au manteau historié, saint François, saint Bernard de Clairvaux, saint Thomas d’Aquin, qui se tourne vers nous indiquant du doigt la scène, saint Dominique, saint Jean évangéliste, saint Pierre. Fra Angelico, en peignant Thomas en train de s’adresser au spectateur, a suivi les indications de l’architecte et théoricien Léon Baptiste Alberti. C’est de cette manière que celui-ci, dans son essai « De pictura » (1435), recommandait d’impliquer le public dans l’événement religieux représenté.

Parmi les saintes à gauche, on reconnait la première sainte Marie Madeleine avec sa typique robe rouge et la burette, puis sainte Catherine d’Alexandrie avec sa roue, sainte Agnès avec son agneau et encore d’autres saintes. Plus haut on distingue saint Laurent avec le gril, saint Etienne et saint Jacques Majeur. Effectivement, on remarque que chaque saint est décrit par un objet le caractérisant, quelquefois évoquant son martyre.

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Un de ces objets, la burette dans la main gauche de la Madeleine, est un expédient pour donner un effet perspectif. Elle se matérialise sur un deuxième point de fuite, sur la même droite verticale de celui dont on a parlé avant, où convergent toutes les droites du premier plan. C’est ainsi que le dallage en faïence est mis en perspective. L’abandon du fond doré en faveur d’un ciel d’azur est un autre signe des temps. Mais l’emploi à profusion de l’or, typique de l’art byzantin, reste dans les auréoles et dans les chevelures des saints et des anges, dans les draperies et aussi dans l’intérieur de la niche qui abrite Jésus et la Vierge Marie.

La diffusion de la lumière constitue dans toutes les œuvres de Fra Angelico une métaphore de la puissance divine. Dans notre tableau, une lumière de midi baigne toutes choses, car Dieu est présent partout. Les volumes des personnages et des objets sont bien modelés et se relient à la tradition florentine de Giotto. La palette, en revanche, aux couleurs tendres et pures est plus proche de Simone Martini et de l’art siennois. En effet, l’azur et le rose apparaissent les couleurs dominantes.

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La prédelle, véritable initiatrice des bandes dessinées, raconte en sept épisodes la vie de saint Dominique. Le rêve d’Innocent III, l’Apparition à Dominique des saints Pierre et Paul, la résurrection de Napoléon Orsini, le Christ sortant du tombeau, la Discussion de saint Dominique, saint Dominique et ses compagnons, la Mort de saint Dominique.

Une alternance de pleins et de vides rend le récit plus vivant. L’étude plastique de l’architecture et l’invention de nouveaux effets perspectifs sont le pivot de cette narration picturale. Dans cette prédelle Fra Angelico emprunte le style populaire à l’école siennoise et notamment au Sassetta, son contemporain.

Paolo Merloni

Parallèle entre deux musées : le Louvre et le Jacquemart-André.

Bonjour à tous,

Je vous invite à découvrir les visites guidées proposées par Paolo Merloni, artiste peintre et guide free-lance, respectivement aux musées du Louvre et Jacquemart-André. Il s’agit d’un véritable parallèle entre les deux musées : d’une part, l’ensemble des peintures italiennes présentes au Louvre (de la Renaissance au Baroque) et, de l’autre, la collection permanente du musée Jacquemart-André au style très varié. Dans son décor d’Hôtel Particulier Liberty, le musée accueille, en effet, tant les peintres français du XVIIIe siècle, les peintres flamands et l’art italien du XVIe /XVIIe siècle (Paolo Uccello, Andrea Mantegna, Sandro Botticelli etc.) et du XVIIIe (Francesco Guardi et Canaletto).

Paolo Merloni avec son savoir-faire et sa passion pour l’art vous fera parcourir les relations intimes et complexes qui subsistent entre chaque tableau de la même période. L’accent sera tout particulièrement posé sur une étude approfondie et personnalisée de l’art italien. En effet, aux origines italiennes, Paolo allie une robuste expérience artistique : un diplôme en arts plastiques (spécialisation peinture) à l’Académie des Beaux Arts de Rome en 2004 et une formation à l’enseignement de l’histoire de l’art auprès du cours biennal CO.B.A. en 2006. Il a également à son actif des précédentes expériences professionnelles en tant qu’acteur, élément qui lui permet de mettre en relation son bagage de connaissances avec une présence corporelle et gestuelle qui lui est propre.

Paolo Merloni s’est installé à Paris en 2008. Depuis sa permanence en France il est devenu bilingue Italien/ Français (accent oblige !) et il peut présenter la collection du musée du Louvre dans les deux langues (pour ceux qui seraient intéressés par une visite guidée en italien).

Pour plus d’infos :

Rendez-vous dans l’atelier de Paolo et bonne vision…

#Twittographie : « carnet de bord d’une hyper connectée. »

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Le fait d’imaginer ma « TweetLine » comme une boîte à réflexions (anarchiques et cohérentes à la fois) m’a donné l’envie de réaliser un petit carnet de bord du mois janvier. Histoire de retenir, ne serait-ce que pour un fugace laps de temps, le flux incessant de considérations qui, depuis le début de l’année, ne cessent de s’entasser les unes sur les autres dans mon espace Twitter…

Nous vivons, en effet, dans une époque où les produits, autant matériels qu’immatériels – comme c’est le cas, par exemple, de la pensée et de l’ensemble d’informations que l’on reçoit à travers internet – sont « consommés » à grande vitesse et ils « existent » sur la toile grâce à la frénésie de l’instant présent. Quelques minutes pour lancer des cailloux dans la mer et seulement quelques secondes pour les voir s’éloigner sous l’impulsion de pressantes vagues !

Dans ce temps où la mémoire se fait esclave de la présence virtuelle (qui semble demander une sorte de « connexion permanente » au détriment d’une vie plus lente et, sûrement, plus saine) et du degré de « performance » que celle-ci incite à développer, s’arrêter un moment pour garder à l’esprit la succession quotidienne des événements ne peut être que salutaire…

Mon malaise d’internaute m’a donc poussée à lutter contre l’oubli de cette « mer » changeante et à utiliser ce matériau brut (les « tweets ») sous forme d’un mémorandum que l’on pourrait lire à la manière d’une liste de courses, d’un slogan, d’un journal intime, d’un souffle poétique réintégré dans un autre contexte…

Gabriella Merloni

« Noël oblige » !

Noël aux Champs Elysées

Tout d’abord, un joyeux Noël à vous tous !

Ce fameux Noël, ce moment dédié aux « joyeuses fêtes », aux cadeaux et aux réunions familiales – heureuses ou un peu forcées, ça dépend des rapports entretenus tout au long de l’année…mais à cette occasion l’on s’efforce d’être tous plus bons, plus généreux, n’est-ce pas ? – est enfin venu !

Certes, il est clair que « Monsieur Le Noël » ne passe pas inaperçu : à la manière d’un véritable histrion, il s’habille de lumières clignotantes, de décors ultra colorés, de sapins vrais et faux (géants, nains etc.) et d’une orde humaine qui, ces jours-ci, envahit les centres commerciaux et les marchés de Noël…

Vous l’aurez sans doute compris, je fais partie de cette foule de retardataires qui essayent d’être là « avant l’heure de fermeture » dans l’espoir d’acquérir des objets-symboles dont la fonction est, selon moi, surtout celle de nous rappeler le rituel lié à la fête et nous permettre de dire : STOP au travail « NON-STOP » !

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Bon, au de là du training autogène que le passage abrupt du mode « stakhanoviste » au mode « vacance ! » demande (« relaxe-toi », « relâche-toi », « amuse-toi » etc.), Noël fait avant tout le bonheur suprême des commerçants qui ont compris que « l’esprit » d’une fête est très rentable…

Et la poésie du Noël ? Qu’en est-il de l’élan spirituel qui est à la base de cet événement ?

Pour ne pas sombrer dans le matérialisme le plus cru, je salue le Noël en fredonnant l’immortel chant de Noël, Silent Night (en italien « Astro del ciel »)….

Enfin, pour conclure, plein d’amitié, d’amour, d’espoir pour cette fin d’année !

Des changements positifs pour le 2014 (on l’espère) !

Et, comme on dit chez moi :

« BUON NATALE E FELICE ANNO NUOVO ! »

Gabriella Merloni

Le point de vue d’Audrey – « Comment épouser un milliardaire »

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Je me suis toujours exprimée plus facilement à l’oral qu’à l’écrit. Je ne sais pas pourquoi. L’écrit requiert, à mes yeux, une patiente et un travail de « médiation » (entre la pulsion de ce que l’on désire dire et sa mise en forme par le biais de l’écriture) que je n’ai pas souvent envie de mettre en oeuvre. Le résultat d’une telle inclination naturelle est évidemment celui de parler BEAUCOUP et d’oublier les nombreuses réflexions qu’il m’arrive parfois de développer lors d’un dialogue entre amis…

Afin de remédier à ce gaspillage d’idées, je me suis donc armée d’un arsenal d’outils technologiques (dictaphone, micro, caméscope, logiciels de montage audio et vidéo etc..) aptes à capturer la vision fugace, les discours rebelles et l’inspiration importune !

Un jour de septembre, après avoir vu sur scène au théâtre-péniche « La Nouvelle Seine » la comédienne Audrey Vernon dans son spectacle Comment épouser un milliardaire , un ami m’a proposé d’écrire un article autour de l’univers d’Audrey et de la manière dont elle nous fait réfléchir sur la complexité du système économique et politique d’aujourd’hui. Des mois se sont écoulés sans qu’une goutte d’encre ne se fixe sur le papier. Pourtant les idées étaient là, éparpillées comme des atomes endiablés !

Soudain, l’inspiration est venue frapper à ma porte sous forme d’une question toute bête: et si je réalisais une vidéo au lieu d’écrire un article ?

Quand on dit quelque chose haut et fort, après il faut donner une suite, c’est la règle. Je me suis donc livrée à cet exercice périlleux – qui est celui de diffuser ses opinions sur le net – en partant tout simplement de mon propre ressenti de spectatrice et d’images que le spectacle d’Audrey m’a inspiré. Cela a été également l’occasion de réfléchir, d’une part sur le rôle que l’humoriste occupe dans notre société et de l’autre, sur « le rire »comme outil de dénonciation et de révélation des mécanismes « cachés » de notre réalité.

En effet, Audrey Vernon (v. son site)  a l’atout de se nourrir de deux éléments qui constituent, à mon avis, le sel de son comique: une connaissance très poussée (une véritable documentation) du système économico-politique unie à une volonté de renversement du sens commun que cette même société nous propose, chaque jour, à travers les médias.

De plus, cerise sur le gâteau, Audrey Vernon continuera de se produire à La Nouvelle Seine jusqu’au 31 décembre et prévoit, par la suite, des tournées dans d’autres régions de France…donc, si vous êtes curieux ou si vous aimez déjà son humour, ne ratez pas ses spectacles !

Gabriella Merloni