Une histoire de terres et de langues : une vie nomade sur les traces d’Elias Canetti…

Bonjour,
Je m’appelle Isabela. Je suis Brésilienne. Un jour, je me suis envolée pour Paris…je suis allée vivre dans cette belle ville afin de poursuivre mes études universitaires, m’enrichir culturellement et, sait-on jamais, tenter ma chance…

Tout serait très simple si je m’arrêtais là. Mais, que voulez-vous ? Je ne suis pas « seulement » Brésilienne ! Ma curiosité naturelle, tout comme mon amour inné pour le voyage, font de moi-même un véritable foyer « des terres et des langues » !

Qui suis-je alors ?
Une Brésilenne et Portugaise venue en France pour étudier l’œuvre d’un auteur bulgare d‘origine juive espagnole, passeport turc et britannique et expression allemande, rattaché plutôt à a littérature autrichienne ? Une étudiante venue en France pour habiter à la Cité Universitaire de Paris, dans la Maison des étudiants Belges et Luxembourgeois, après avoir déjà résidé à la Maison du Japon et passé une année dans les installations du Studentenwerk de Munich ?

« C’est quoi, cette histoire ? », le lecteur est peut-être en train de se demander. J’imagine qu’il juge que sa locutrice est un tout petit peu excentrique, et je ne peux pas nier une certaine attirance pour tout ce qui est de l’ordre de l’insolite, de l’inhabituel et parfois de l’invraisemblable. Eh bien, j’avoue qu’il s’agit d’un parcours assez inusité. Mais en dépit de mon amour pour la fiction, je n’invente rien. C’est la vérité.

Je serais tentée de dire que les brésiliens aiment le mélange et la diversité par nature. C’est dans notre sang. Le Brésil est le pays de toutes les couleurs, tous les accents, tous le climats, tous les paysages, tous les saveurs. Les différences cohabitent plutôt en harmonie dans cette patrie géante en format de cœur.

Rio De Janeiro

En plus, c’est dans ma nature de vouloir enrichir ma vie d’expériences culturelles, parmi lesquelles la plus importante, à mon avis, serait l’expérience du dépaysement, qui nous permet de mettre en perspective la quasi totalité de nos idées (pré)conçues et d’avoir un nouveau regard sur le monde et sur la vie. Néanmoins, la traversée de frontières territoriales et linguistiques ne fait pas partie seulement de mon histoire, mais aussi de celle de l’auteur dont j’étudie l’oeuvre : Elias Canetti. Certes, je m’identifie beaucoup à mon objet d’étude, un sentiment qui s’accroit avec mes lectures. Mais les similarités présentes dans nos parcours, elles résultent plutôt de curieuses et joyeuses coïncidences.

Première coïncidence : le contact avec plusieurs langues

Canetti, qui a déjà travaillé comme traducteur — activité que j’aspire également à exercer —, était né à Roustchouk (actuellement Roussé), en Bulgarie, ville située à la frontière entre l’Orient et l’Occident où l’on pourrait entendre, d’après l’écrivain, sept ou huit langues dans une même journée. Moi, je n’ai pas eu le même privilège dans mon enfance, mais je crois l’avoir maintenant, à Paris, où j’entends fréquemment dans la rue, et surtout dans les sites touristiques, des gens de toutes les origines….

Chez lui, Canetti était aussi plongé dans la diversité linguistique : il parlait d’abord le ladino (l’espagnol des séfarades) ainsi que le bulgare pendant son enfance, puis il a dû apprendre l’anglais, lors du déménagement familial en Grande-Bretagne, et finalement l’allemand, quand il est parti avec sa mère et ses frères pour l’Autriche après la mort de son père. Dans mon cas, l’apprentissage des langues s’est passé de manière beaucoup plus douce ; quoique obligatoire au lycée, cela me faisait  très plaisir. Contrairement à l’écrivain juif, qui a appris l’allemand de manière assez traumatisante avec sa mère, j’ai choisi l’anglais et ensuite le français comme langue étrangère. J’en avais tellement envie, au point de décider de me perfectionner dans des cours de langues, où, influencée par ma sœur et par un ami, j’ai fini également par apprendre l’allemand.

Deuxième coïncidence : la vie nomade

Canetti, devenu citoyen britannique en 1952, était considéré comme un « européen à part entière » du fait d’avoir visité et vécu dans plusieurs pays d’Europe, notamment l’Autriche (il obtient un doctorat en Chimie à Vienne), la Suisse, l’Allemagne et l’Angleterre. Avec la double nationalité acquise en 2008 avec mon passeport portugais — grâce aux origines portugaises de mon grand-père paternel —, j’ai commencé moi aussi à expérimenter cette vie itinérante, vu que ce passeport me permet de me déplacer avec facilité entre le Brésil et la France, où je mène des études.

Troisième coïncidence : la liaison avec l’Allemagne et l’Angleterre

Quoique juif, Elias Canetti entretenait une liaison étroite avec l’Allemagne, pays où il a vécu et étudié et dont la langue est devenue aussi l’une de ses langues maternelles. L’Allemagne est aussi un pays très spécial pour moi : ma grand-mère, d’ascendance allemande, ne parlait que l’allemand chez elle dans sa petite enfance, comme elle adore le raconter. J’ai toujours rêvé de connaître mieux ce pays, d’où mon choix de faire une partie de mes études de Master à Munich — à ce propos, une coïncidence tout à fait formidable : sans le savoir, j’ai choisi la Ludwig-Maximilians-Universität München, la même université qui a accordé un titre de Docteur Honoris Causa à …. Elias Canetti !

L’Angleterre est un pays encore plus marquant dans la vie de l’auteur, qui passe ses dernières décennies entre Londres et Zurich. L’Angleterre, à son tour, exerce aussi une grande influence sur moi. C’est un pays d’une culture très riche où j’aurais envie d’habiter, malgré les commentaires négatifs de Canetti à propos de son séjour dans la terre de la Reine — où il est resté toutefois une bonne partie de son existence.

Canetti

Ci-dessous un portrait d’Elias Canetti © « Kurier.at »

Quatrième coïncidence: l’écriture et le théâtre

Une quatrième et dernière coïncidence concernerait son rapport à l’écriture et la place qu’il y consacrait au théâtre. Romancier, philosophe, essayiste et dramaturge, Canetti, Prix Nobel de Littérature en 1981, a écrit toute sa vie, et a affirmé plusieurs fois que son théâtre occupait une place centrale dans son œuvre. L’amour évident de l’auteur pour l’écriture est aussi le mien : j’adore écrire — l’une des seules certitudes dans ma vie ! — et en tant que doctorante en études théâtrales, je pourrais dire qu’en ce moment, le théâtre est également au centre de mes préoccupations. Devenir un auteur dramatique, c’est aussi mon rêve…Pour l’intant, je me contente d’analyser la riche œuvre canettienne, et je serais très contente si je réussissais à donner aux autres envie de la découvrir.

J’arrive ici au bout de cette liste de joyeuses similarités que j’identifie entre mon parcours et celui de mon grand maître. Évidemment, la découverte de tous ces points communs ne pourrait me rendre plus heureuse — quoique je n’aie aucune intention (ou volonté) de me comparer à lui. C’est juste la joie de savoir qu’on partage quelque chose avec celui — ou ceux — que l’on admire… Cela me permet de me rapprocher davantage de son monde, cet univers fascinant, nourri par la richesse de son vécu, que j’essaye d’explorer.

Si la vie imite l’art, l’art s’inspire de la vie… ce qui nous donne déjà une bonne excuse —  même si on n’est pas artiste — pour chercher à mener une vie pleine d’expériences. Je suis sûre que l’apprentissage des langues et la vie nomade de Canetti, dans une époque de guerres et souvent résultantes d’une contrainte d’exil, n’ont pas eu le même goût pour lui que pour quelqu’un qui le fait par choix, et aussi par commodité dans ce monde globalisé qui efface les distances et les barrières linguistiques. Canetti n’a pas vraiment cherché cette vie… mais elle est là, dans chaque ligne de ses écrits. La diversité de son parcours est miroitée dans la multiplicité de son œuvre. Alors… vive la diversité !

Isabela Duarte 

« La cigale c’est l’oral, la fourmi c’est l’écrit »

Un jour on m’a demandé, à brûle pourpoint, d’expliquer – métaphoriquement parlant – le rapport entre l’Italie et la France…

Vaste programme ! Par où commencer ?

J’ai vraiment peur de me perdre dans un océans des considérations à la fois vraies et contradictoires, d’être trop subjective et surtout d’écrire un « traité » quelque peu prolixe…

Pour répondre en partie à cette question, je décide donc de citer le poème de Giovanni Merloni qui s’inspire de la fable de La Fontaine La Cigale et la Fourmi afin de cueillir l’essence de la relation France/Italie : ainsi l’Italie serait l’insouciante cigale oubliant l’arrivée de l’hiver tandis que la France la sage fourmi qui travaille même pendant l’été !

Dans ce cas, la cigale, représente surtout la culture orale alors que la fourmi incarne l’écriture, la réflexion, le support écrit qui survie à travers les siècles. Une relation complexe donc qui nous parle avant tout de mentalités foncièrement différentes et de la problématique de la traduction entre l’expression orale et la forme écrite.

Bonne lecture !

le portrait inconscient

la cigale 740

La cigale, c’est l’orale. La fourmi, c’est l’écrit (2012)

Pays bizarre
que le mien
où, parvenue à la détresse
fort dépourvue, piétinée sans cesse
la langue écrite
rit enfin d’elle-même
quitte à subir avec noblesse
(et soupirs de tristesse)
la violence ancestrale
de la Babel dialectale.
Une bizarre fourmi
que cette langue écrite
devenue aujourd’hui maudite
surchargée de défaites
cette fourmi baroque
pourtant travailleuse
vertueuse et même trop talentueuse
cette fourmi maltraitée
écartée, frustrée face à cette ennemie qui tout avale
elle essaie de se muter en cigale.
Tandis que la langue orale
à force de chanter
danser
bavarder, chuchoter
à tout venant,
parvenue à la richesse
s’en réjouit dans l’ivresse
d’un très bizarre pouvoir.
Cette cigale trop ambitieuse
n’est pas prêteuse
(c’est là son moindre défaut) :
« Que faisiez-vous au temps chaud ? »
« J’écrivais, ne vous déplaise. »
« Vous écriviez ? J’en suis fort aise
et bien, parlez maintenant ! »

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Première publication et Dernière modification 23 mai…

Voir l’article original 35 mots de plus

« Noël oblige » !

Noël aux Champs Elysées

Tout d’abord, un joyeux Noël à vous tous !

Ce fameux Noël, ce moment dédié aux « joyeuses fêtes », aux cadeaux et aux réunions familiales – heureuses ou un peu forcées, ça dépend des rapports entretenus tout au long de l’année…mais à cette occasion l’on s’efforce d’être tous plus bons, plus généreux, n’est-ce pas ? – est enfin venu !

Certes, il est clair que « Monsieur Le Noël » ne passe pas inaperçu : à la manière d’un véritable histrion, il s’habille de lumières clignotantes, de décors ultra colorés, de sapins vrais et faux (géants, nains etc.) et d’une orde humaine qui, ces jours-ci, envahit les centres commerciaux et les marchés de Noël…

Vous l’aurez sans doute compris, je fais partie de cette foule de retardataires qui essayent d’être là « avant l’heure de fermeture » dans l’espoir d’acquérir des objets-symboles dont la fonction est, selon moi, surtout celle de nous rappeler le rituel lié à la fête et nous permettre de dire : STOP au travail « NON-STOP » !

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Bon, au de là du training autogène que le passage abrupt du mode « stakhanoviste » au mode « vacance ! » demande (« relaxe-toi », « relâche-toi », « amuse-toi » etc.), Noël fait avant tout le bonheur suprême des commerçants qui ont compris que « l’esprit » d’une fête est très rentable…

Et la poésie du Noël ? Qu’en est-il de l’élan spirituel qui est à la base de cet événement ?

Pour ne pas sombrer dans le matérialisme le plus cru, je salue le Noël en fredonnant l’immortel chant de Noël, Silent Night (en italien « Astro del ciel »)….

Enfin, pour conclure, plein d’amitié, d’amour, d’espoir pour cette fin d’année !

Des changements positifs pour le 2014 (on l’espère) !

Et, comme on dit chez moi :

« BUON NATALE E FELICE ANNO NUOVO ! »

Gabriella Merloni

Le point de vue d’Audrey – « Comment épouser un milliardaire »

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Je me suis toujours exprimée plus facilement à l’oral qu’à l’écrit. Je ne sais pas pourquoi. L’écrit requiert, à mes yeux, une patiente et un travail de « médiation » (entre la pulsion de ce que l’on désire dire et sa mise en forme par le biais de l’écriture) que je n’ai pas souvent envie de mettre en oeuvre. Le résultat d’une telle inclination naturelle est évidemment celui de parler BEAUCOUP et d’oublier les nombreuses réflexions qu’il m’arrive parfois de développer lors d’un dialogue entre amis…

Afin de remédier à ce gaspillage d’idées, je me suis donc armée d’un arsenal d’outils technologiques (dictaphone, micro, caméscope, logiciels de montage audio et vidéo etc..) aptes à capturer la vision fugace, les discours rebelles et l’inspiration importune !

Un jour de septembre, après avoir vu sur scène au théâtre-péniche « La Nouvelle Seine » la comédienne Audrey Vernon dans son spectacle Comment épouser un milliardaire , un ami m’a proposé d’écrire un article autour de l’univers d’Audrey et de la manière dont elle nous fait réfléchir sur la complexité du système économique et politique d’aujourd’hui. Des mois se sont écoulés sans qu’une goutte d’encre ne se fixe sur le papier. Pourtant les idées étaient là, éparpillées comme des atomes endiablés !

Soudain, l’inspiration est venue frapper à ma porte sous forme d’une question toute bête: et si je réalisais une vidéo au lieu d’écrire un article ?

Quand on dit quelque chose haut et fort, après il faut donner une suite, c’est la règle. Je me suis donc livrée à cet exercice périlleux – qui est celui de diffuser ses opinions sur le net – en partant tout simplement de mon propre ressenti de spectatrice et d’images que le spectacle d’Audrey m’a inspiré. Cela a été également l’occasion de réfléchir, d’une part sur le rôle que l’humoriste occupe dans notre société et de l’autre, sur « le rire »comme outil de dénonciation et de révélation des mécanismes « cachés » de notre réalité.

En effet, Audrey Vernon (v. son site)  a l’atout de se nourrir de deux éléments qui constituent, à mon avis, le sel de son comique: une connaissance très poussée (une véritable documentation) du système économico-politique unie à une volonté de renversement du sens commun que cette même société nous propose, chaque jour, à travers les médias.

De plus, cerise sur le gâteau, Audrey Vernon continuera de se produire à La Nouvelle Seine jusqu’au 31 décembre et prévoit, par la suite, des tournées dans d’autres régions de France…donc, si vous êtes curieux ou si vous aimez déjà son humour, ne ratez pas ses spectacles !

Gabriella Merloni

Les « Gammas » parlent français !

Esquisse représentant un "gammas"

« L’habit ne fait pas le moine » dit un proverbe fruit d’une sagesse populaire qui se méfie instinctivement des apparences trompeuses.

Moi même je me tiens très souvent à cette maxime en imaginant parfois, à tort ou à raison, que derrière un séducteur doucereux pourrait se cacher « un méchant loup » et derrière quelqu’un qui n’a pas l’habitude de se montrer une personne agréablement inattendue. Quoi qu’il en soit, la vie est belle parce qu’elle est variée et les choses ne vont pas toujours ainsi. Au contraire, il arrive que, tout comme certaines figures de la mythologie (par exemple Samson et sa longue chevelure qui renferme toute sa force), un particulier attribut ou détail physique caractérise de façon marquée un être humain. Par conséquent, les amis, les connaissances et le milieu professionnel qui s’étaient habitués à le voir ainsi fagoté s’amusent par la suite à donner à cette simple apparence des interprétations sur le comportement et parfois même à faire des jugements de valeur. En suivant ce raisonnement, on pourrait très bien penser que des hommes des cavernes soient foncièrement incultes, grossiers, rudes et rudimentaires en toutes leurs formes d’expression.

Rien de plus faux pour ce qui concerne « Les Gammas », des extraterrestres qui atterrent sur le sol français au bord de leur sphère. Ils s’habillent tels des hommes des cavernes et arborent une chevelure ultra longue qui semble atteindre leurs pieds. Mais, voilà le paradoxe : ces êtres venus d’ailleurs et de nulle part, qui ne sont ni hommes de la préhistoire, ni habitant de la terre, abordent dans celle-ci exprès pour apprendre le français et, au final, devenir des « parfaits Français » qui, avec finesse, enseignent la langue aux étrangers. Car, oui, les « Gammas » ne sont pas seulement une belle idée, mais surtout une série télévisée franco-allemande à caractère didactique qui connut son moment de gloire en Italie et en Allemagne tout au long des saisons 1974 – 1976.

« Tu as les cheveux longs comme les Gammas », « c’était une série française qui mettait en scène des extraterrestres chevelus » : me disaient très souvent mes parents. Et, moi, à force de les entendre, je me suis persuadée qu’il s’agissait de personnages de fiction que tout le monde connaissait et que les Français, en tête, devaient forcement en avoir entendu parler une vingtaine de fois…

Forte de cette conviction, j’ai ouvert Google.fr afin d’en savoir un peu plus et là, j’ai du faire face à une amère découverte : certes, il y avait plein d’articles sur « les rayons gammas », mais sur la série « les Gammas » il n’y avait que peu de trace ! Quel dommage ! C’est une situation bien étrange que celle des « Gammas ». Produit d’importation en Italie et en Allemagne, ils deviennent pour les générations qui les ont suivis un cher souvenir français qui a été, sans doute, un moyen original d’apprentissage de la langue.

Ces « Gammas », malgré leur apparence un peu hippie et à la mise négligée, parlent français et sont finalement des Français « orthodoxes » : tels des acteurs de la comédie française ils articulent tous les mots et avec emphase prennent des poses et ferment les phrases. Comme si finalement, ce qu’on voulait transmettre à l’Italie et à l’Allemagne n’était pas les mots à peine chuchotés (mais emplis de sentiment) d’un Jean Gabin, ni le phrasé naturel et insolent d’un Jean-Paul Belmondo, mais une sorte de français « pur jus », terriblement ralenti dans le rythme. Personnellement, en les écoutant sur YouTube je les ai trouvés trop posés et je ne peux pas dire d’aimer plus « la parfaite diction » aux aspérités et maladresses d’un parlé quotidien qui rendent une langue vivante. Cependant, si aujourd’hui en France on articulait plus dans les films et les séries télés, combien d’étrangers comprendraient mieux et surtout aurait plus envie d’améliorer leur prononciation !

Les « Gammas » sont donc des professeurs de français « immigré » de l’espace qui, enfin, décident de s’intégrer. Cela amène à une coupure radicale : plus de tuniques, plus de cheveux d’hommes des cavernes !  Comme David Bowie dans le film l’homme qui venait d’ailleurs, ils se confondent parmi les humains, deviennent comme eux. Sauf que, dans ce cas spécifique, l’accent est d’abord placé sur l’idée « d’être français » dans le sens de devenir porteurs d’une langue et d’une civilisation « synthétisées » exprès pour un public étranger… Rien de plus artificiel et vrai à la fois…

Pas des yeux fluorescents, Messieurs Dames ! Les « Gammas » sont au final des êtres bien communs (pas comme Bowie qui mourrait plutôt que d’abandonner son excentricité !) au point que l’un d’entre eux affirme dans un épisode : Les Gammas n’existent pas !

« Les gammas n’existent pas » peut être parce qu’au final, « les gammas » c’est nous. Ils sont, à mon avis, la métaphore d’un étrange dialogue : celle entre les origines étrangères (leur nom, « gammas », renvoie tout de suite à l’espace) et la France qui est à la fois si proche et si lointaine. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Non pas pour instaurer une distance, mais au contraire pour affirmer que ce sentiment d’étrangeté anime le désir de rapprochement et en même temps, qui sait, de l’autre côté, il y a des Français aux multiples ascendances qui s’interrogent sur leur identité et avec un sentiment (qui est propre à chacun) apprennent une fois de plus la complexe richesse d’être Français et « étrangers » à la fois ; d’être Français et Breton à la fois ; d’être Francilien et Provençal à la fois, etc.

La France (peut-être plus que l’Italie où il y a moins d’immigration) est donc le résultat de cet équilibré mélange d’identités qui finissent par en devenir une seule…

Merci donc aux « Gammas » de m’avoir inspiré cette réflexion et j’espère qu’à travers ce billet vous connaissez désormais quelque chose d’insolite que j’ai dépoussiéré exprès pour vous.

Entre temps je me questionne :

Suis-je devenue un « Gamma » ?

À vous tous,

Un salut long comme ma chevelure !

Gabriella Merloni

Et si on parlait d’accent ?

Et si on parlait d'accent ?

Pourquoi parler d’accent ?

Quel univers se cache derrière se simple mot ?

Une chose est certaine : ces questions reflètent, en partie, ce que j’ai vécu en tant qu’étrangère les premières années de mon installation à Paris. De l’Italie à la France, de Rome à Paris, je vis constamment entre deux mentalités distinctes et entre deux envies quelque peu incompatibles : celle de me fondre complètement en la langue et l’esprit du pays que j’habite et le sentiment, irréductible, de ne pas vouloir perdre ce qui me distingue et qui fait que je suis désormais parisienne, mais PAS ENCORE française. La naturalisation est un processus lent et progressif. Il s’agit là, bien plus que d’un accent ! Un profond ancrage qui se traduit dans l’intérêt pour la culture, l’engagement social, etc.

Certains affirment avec insistance que « perdre l’accent » c’est perdre une partie de soi-même. Je ne suis pas totalement d’accord et je n’aime pas ce genre d’affirmations trop catégoriques. Chacun a le droit et la liberté de disposer à sa manière de sa langue, de ses lèvres, de sa mâchoire et, enfin, de sa voix !

Je pense qu’on a affaire à une question d’ordre intime qui touche de plus près le sens d’appartenance et l’idée d’identité individuelle et sociale. À la limite, on peut avancer que cette identité ne se réduit pas uniquement à la nationalité. Au contraire, elle est également le fruit d’un plus complexe cheminement individuel : par exemple, un amour pour une personne qui nous élève et nous fait redécouvrir notre véritable « centre » ; un travail passionnant qui construit et nous construit ; un milieu qui reflète notre manière de vivre et d’être ; enfin, PARTIR, SE PERDRE, se perdre pour enfin se retrouver.

En écartant les idées reçues, peut-on attribuer à l’accent un sens plus étendu que d’habitude ?

Je considère, en effet, l’identité, dans son acception la plus large pour mieux respecter la diversité des expériences. Par conséquent, « l’accent » constitue à mes yeux un point de départ intéressant vers une pensée plus vaste qui fait de cette petite différence phonétique la métaphore d’un état mental, d’un réservoir d’émotions qui ressort de « l’irrégularité » du langage et qui crée, dans le bon sens du terme, une note de distinction. Évidemment, ce n’est pas l’accent en lui-même qui fait notre originalité ! Si c’était ainsi, alors, on considérerait à tort – et avec un parti pris raciste, au final – que tous ceux qui parlent un français « parfait » n’ont pas d’élan, qu’ils sont fades. Rien de plus FAUX et dangereux ! La langue française est une langue incontournable et on aurait tort de ne pas la défendre et tout comme on accepte la différence il faut savoir comprendre aussi les raisons de cette homologation civique. Dans un certain sens, elle empêche l’individualisme excessif, donne un CADRE à travers lequel tous se retrouvent en un langage commun, un territoire de rencontre qui discrimine autant qu’il ouvre des portes.

C’est pourquoi, je me réfère avant tout à la personnalité de chacun, à ce qu’elle peut faire d’original et d’inattendu (avec ou sans accent).

L’accent n’est donc pas pour moi l’outil à travers lequel on accentue la différence au risque de tomber dans le sectarisme ou la soif d’exotisme. Non, hors tout équivoque, ce que j’ai envie de dire c’est que, finalement, « l’accent » n’est pas qu’une question de langue, mais aussi et surtout un aspect qui touche plusieurs domaines :

Les notes musicales n’ont-elles pas des accentuations ?

La poésie n’a-t-elle pas un rythme et une cadence différents de la prose ?

Et la photographie, alors ? On ne parle pas, parfois, d’accentuation de la couleur ?

Enfin, je ne dis pas que « l’accent est musique », « l’accent est poésie » ou « l’accent est peinture », mais, ce que j’affirme par là c’est que si la nature n’avait pas d’accent (dans le sens d’irrégularité, mise en lumière d’une particularité physique, phonétique, etc.) on s’ennuierait à mort. Décidément, la perfection n’est pas de ce monde. D’ailleurs, heureusement, les Français, comme tout autre pays, ont beaucoup d’accents différents selon les régions, pour ne pas parler des Parisiens qui tout en n’ayant pas d’accent, conservent, néanmoins, leur cadence typique. Et encore là, il y a beaucoup de variations entre une personne de la banlieue issue d’un milieu pauvre et un riche bobo… mais dans ce billet, je laisse exprès cette question en suspens !

Voilà, la langue française est une véritable idée sociale, un objet de cohésion dans l’inévitable différence. Mais, soyons francs ! La nature nous laisse plein d’accents à disposition à travers lesquels nous nous exprimons davantage, nous trouvons notre voie personnelle.
Vive donc cet ACCENT DE VIE qui est en dedans et en dehors du langage !

Et, sur ce dernier mot, je vous dis :

Bel accent du jour !

Gabriella Merloni